Portrait-robot du nouvel artisan

L’atelier bijoux d’Ici Montreuil

Ancien cadre reconverti par passion, dilettante du loisir créatif qui se professionnalise ou louveteau avide d’utiliser ses mains, le néo-artisan a le vent en poupe.

Il vit une seconde vie professionnelle, après quinze années dans le tertiaire. Il a passé deux-trois ans dans des bureaux à la Défense, fréquenté les écoles de commerce ou squatté les bancs de la fac, avant de se lancer pour de bon dans une passion plus manuelle. Il a tenu une boutique en ligne sur Etsy, d’abord comme un hobby, puis comme gagne-pain. Il hante les fablabs. Il professe le made in France. Il génère aujourd’hui 107 milliards d’euros chaque année en France et représente 12% de la population active. Il fait des émules chaque jour, chez ses congénères avides de donner plus de sens à leur vie professionnelle. Bref, il est un artisan nouvelle génération.

Mis en scène par l’Institut Supérieur des Métiers

Au commencement, une passion

Les exemples de reconversion professionnelle ne manquent pas. Nicolas Bard, cofondateur du fablab Ici Montreuil en a treize à la douzaine. Il accueille, depuis 2012, artistes, designers et… beaucoup d’artisans. « C’est un raz de marée. Les artisans qui se forment très tôt en entrant dans un CAP, ce n’est pas nouveau. En revanche, le nombre de trentenaires-quarantenaires qui n’ont plus envie d’un métier rémunérateur mais à l’intérêt limité explose ». Une tendance confirmée dans une étude pilotée en 2010, par l’Institut Supérieur des Métiers : interrogés sur leur motivation, les entrepreneurs de l’artisanat de production — le travail du textile, cuir, bois, papier, métaux, etc. expriment des priorités tels que le désir d‘indépendance — ne plus être soumis à une hiérarchie ou à des objectifs stressants (à 79%) et la passion (à 46%).

Le nouvel artisan est arrivé !

« Ce qui émerge aussi depuis deux ans — et c’est plus étonnant, sont les nouvelles vocations des moins de 30 ans. Eux travaillent à peine une ou deux années en entreprise avant de réaliser qu’ils n’ont pas envie de s’embêter dans un bureau ». Et selon la même étude, ces bébés entrepreneurs représentaient déjà en 2010 une création d’entreprise sur dix !

L’artisan-entrepreneur — et chef d’entreprise

Au jeu des reconversions professionnelles vers l’artisanat, l’essor de plateformes de vente en ligne de créations artisanales, telles que A Little Market en France et Etsy à l’international a aussi sa part. Souvent, c’est la pratique d’un loisir créatif qui tourne à la professionnalisation.« Généralement, nos vendeurs commencent à produire pour leur entourage. Et c’est le coup de pouce qu’il fallait pour qu’ils décident d’essayer d’en vivre, totalement ou en appoint », étaye Nicolas d’Audiffret, cofondateur de A Little Market.

Une ambition aujourd’hui facilitée. « En deux minutes, sur Internet, l’artisan aurait accès à plusieurs milliers de consommateurs ». Mais rappelle Nicolas Bard d’Ici Montreuil, la digitalisation — et commercialisation plus rapide des créations artisanales n’est pas la seule mue notable de l’artisan. Jusqu’à peu, à la sortie d’un CAP, son chemin était tout tracé : aller parfaire sa connaissance du métier chez un confrère plus expérimenté. « Ce qui est nouveau ? L’artisan devient aussi entrepreneur. Il veut avoir une entreprise avec des employés. Créer une marque ».

Le Made in France avant la French Tech

Créer une marque sur-mesure, gage d’un savoir-faire français, ça vous rappelle quelque chose ? Le Made in France ! Nicolas Bard y croit dur comme fer. « Le monde ne vient pas chercher en France une Silicon Valley. C’est du pipeau. Le monde vient chercher un savoir-faire ! Je suis persuadé qu’on va relancer le Made in France par nous, les makers. Il faut juste donner les bons outils ». Et quand on voit que l’artisan reste le premier employeur de France, on se dit que oui, effectivement, il mériterait d’être mis autant en avant que son compère entrepreneur du numérique.

Pour une cour passionnée au Made in France plutôt qu’à la French Tech

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